Daniel Conversano – Texte – « Les bébés sont des anti-dépresseurs naturels, des petites bulles de calme qui flottent dans votre maison… »

Vous pouvez écouter la version AUDIO de ce texte sur telegram, ici : https://t.me/danielconversano

Un bébé n’est pas encore un enfant.
On ne sait s’il réfléchit, s’il rêve, s’il craint ou s’inquiète de quoi que ce soit. C’est un stade « pré-enfantin » au cours duquel ces petits êtres bizarres étonnants, comme venus d’ailleurs, de la planète « trop chou « , continuent ce qu’ils faisaient dans le ventre de leur maman. Dormir, manger, faire leur besoin, et puis c’est tout…
La dépendance totale des bébés aux parents quand on sait qui ils deviennent ensuite – des adultes et nos successeurs – est bouleversante. Je ne vois rien pour mieux vous réconcilier avec la vie que l’observation d’un bébé être, simplement, la petite chose qu’il est. Rien de plus agréable que de le sentir respirer mollement, regarder à gauche et à droite d’une demi-paupière fermée, péter et s’assoupir dans son caca qui ne sent rien, sans se faire de mouron…
Les bébés ralentissent le rythme parfois insoutenable de l’existence. Ils forcent le manège à décélérer et obligent les gens qui jouaient dessus à les contempler au passage. Ils ont l’immobilité impériale des vaches qui voient les wagons du train défilant à toute vitesse…
Quand la carrousel mouvementé de nos destins s’arrête devant les enfants de la cigogne, pour la première fois, on n’a plus la tête qui tourne et l’on devine parfaitement pourquoi nous sommes sur terre.

Bien souvent et c’est compréhensible – l’humain étant un animal intelligent – chacun se demande le sens de sa présence en ce bas monde. Nos bébés apportent une réponse esthétique et affective à un problème métaphysique insoluble : la vie se suffit à elle-même, il n’y a pas besoin d’arguments pour la justifier. La vie est plus belle que tout le reste, que n’importe quelle oeuvre d’art, que n’importe quelle pensée, et nos chérubins sont là pour nous le rappeler quand nous traversons la brume indolente du quotidien.
Donner la vie est une mission qu’on accepte de remplir sans en comprendre initialement les objectifs, par devoir (d’on ne sait trop quoi) et désir narcissique de se cloner, jusqu’à ce qu’un joli bout atterrisse dans nos bras après l’accouchement !

Quand je berce mon minuscule garçon qui n’est encore qu’un têtard, un potentiel à confirmer, une équation aux milliers d’inconnues pour lui comme pour nous, il me semble pourtant que je me berce moi-même, sur mon lit de mort.
En faisant naître, on prépare notre sortie avec le sourire et délesté de toute angoisse. Les plus observateurs noteront d ailleurs que les bébés ont parfois des traits faciaux de petits vieux. J’ignore pourquoi, mais cette réalité me trouble.
Dans les yeux ronds et calmes des nouveaux nés, on se voit soi-même et on songe à notre fin avec une sérénité inhabituelle, enivrante. La conscience de n’être qu’une poussière parmi les poussières est accrue mais s’accompagne d’une résignation tranquille. Un renoncement qui apaise le coeur. On accepte de n’être qu’un porteur de messages, un message plus important que le messager. Ce message, c’est la vie elle-même même, son miracle et sa majesté.

Les bébés sont les meilleurs anti-depresseurs qui soient et nous remplissent étrangement de leur vide. En faisant leur rencontre, on comprend que le plupart de nos soucis d’adultes n’étaient que des divertissements, et les plaisirs qu’on s’accorde, des cérémonies pour rythmer nos jours et nos nuits, contenter nos âmes tourmentées, agiter notre ennui. On voit nettement alors, que la seule vérité d’airain est celle de la vie et de l’amour qui, par delà notre trépas, sera transmise aux générations suivantes.

Bref, je suis papa une deuxième fois, et me voilà bien philosophe.

Bonne journée les Braves !


Texte de Daniel Conversano écrit le 15 décembre 2020. Disponible en version audio ici : t.me/danielconversano

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