Handicap – La tétraplégie de Christopher Reeve, son combat contre le bioconservatisme – Anniversaire de la naissance de “Superman” – Médecine

Google célèbre aujourd’hui le jour de naissance de feu Christopher Reeve, qui interpréta Superman dans un film célèbre en 1978, avant de finir tétraplégique après une chute de cheval en 1995. Plutôt à gauche de l’échiquier politique, Reeve s’est battu – à juste titre, je crois – contre le bioconservatisme d’une partie de la droite américaine, lequel ralentit les progrès de la science et de la lutte contre les handicaps lourds. Petit retour sur sa vie :

Christopher Reeve est mort le dimanche 10 octobre 2004, à l’hôpital de Northern Westchester, à Mount Kisco, près de New York, où il avait été transporté après être tombé dans le coma la veille à son domicile. Il était notamment soigné pour une escarre – une blessure courante chez les personnes paralysées – qui s’était profondément infectée et avait affecté l’ensemble de son organisme.

L’épouse de l’acteur, Dana, a remercié le personnel médical qui a pris soin de lui et « les millions d’admirateurs du monde entier qui l’ont soutenu et aimé tout au long des années ». Né le 25 septembre 1952 à New York d’une mère journaliste et d’un père écrivain renommé, le jeune Christopher est élevé dans un environnement culturel stimulant. Parallèlement à des études de musique et d’anglais à l’Université Cornell, il continue à apprendre le métier d’acteur, aux États-Unis mais aussi en Angleterre au prestigieux Old Vic Theater et en France à la Comédie française. Il est ensuite accepté à la célèbre Juilliard School de New York où il complète sa formation d’acteur et se lie d’amitié avec le comédien Robin Williams.

Alors qu’il a entamé une brillante carrière au théâtre et au cinéma, il est retenu pour tenir en 1978 le rôle de Superman à propos duquel il déclare : « C’est quelqu’un que vous pouvez inviter à la maison et présenter à vos parents (…) Ce qui fait de Superman un héros, ce n’est pas sa force mais sa sagesse et la maturité dont il fait preuve en usant avec sagesse de sa puissance. » Reeve tourne les quatre films de la série Superman : aucun des trois derniers opus n’égalera le succès du premier, qui engrangea plus de 300 millions de dollars à travers le monde. Même s’il joua par la suite dans de nombreux films – Piège mortel, Les vestiges du jour, Scoop ou Le village des damnés, sa dernière apparition – Reeve ne parvint jamais à se défaire de cette image de super-héros américain.

La belle carrière de cet acteur s’interrompt tragiquement le 27 mai 1995, au moment où son cheval Eastern Express refuse l’obstacle, l’envoyant au tapis avec deux vertèbres cervicales brisées et la moelle épinière sectionnée. Il s’en sort de justesse mais reste paralysé au-dessous des épaules et incapable de respirer sans assistance. Après son accident, il avait tourné pour la télévision le remake de Fenêtres sur cour d’Alfred Hitchcock dans lequel il campait un photographe paralysé. De la tragédie au combat, Il avait fait le pari fou de remarcher en septembre 2002 à l’occasion de son cinquantième anniversaire, misant sur les progrès de la médecine. Mais c’est dans son fauteuil roulant de tétraplégique « en colère et déçu », que le héros de Piège mortel avait franchi ce cap.

Ardent défenseur de la recherche génétique, ce démocrate libéral avait fait campagne en faveur du clonage et de la recherche sur les cellules-souches embryonnaires. Reeve avait publiquement dénoncé l’attitude des républicains, des catholiques et du président George W. Bush qui, selon lui, freinaient pour des motifs religieux la recherche sur les cellules-souches. Devenu un porte-parole des grands paralysés, il avait créé une fondation à son nom pour collecter des dons afin d’encourager la recherche sur les lésions de la moelle épinière. Il avait d’ailleurs subi début 2003 à Cleveland, une opération expérimentale, durant laquelle des électrodes avaient été implantées dans les muscles de son diaphragme, ce qui lui avait permis de se passer de son respirateur quelques heures par jour.

Après des années de rééducation et grâce à une stimulation électrique des muscles, il avait aussi réussi à recommencer à bouger les doigts de la main gauche et les orteils. Christopher Reeve expliquait qu’il y avait un « avant » et un « après » dans sa vie. « Mes chances de survivre à l’opération pour rattacher ma tête à la colonne vertébrale étaient au mieux de 50-50 » écrivait-il des années plus tard dans un livre intitulé Rien n’est impossible: réflexions sur une vie nouvelle. Il y racontait notamment les moments terribles qui ont suivi son réveil, après l’accident tragique. En effet, dans les jours qui suivent sa chute et après avoir été sauvé in extremis de la mort, il souffre de delirium et pense sérieusement au suicide, mais son épouse Dana Morosini l’encourage à se battre. Dans sa maison près de New York, du personnel médical l’assiste dans les gestes les plus élémentaires de la vie…

Durant son séjour à l’hôpital, il reçoit la visite de son ami, l’acteur Robin Williams, qui entre sans prévenir en grognant avec un accent russe, disant qu’il est un proctologue et qu’il va devoir l’examiner de suite (toucher rectal). Reeve avouera ensuite que ce moment a été la première fois où il a ri depuis son accident et que, après ce jour, il savait que sa vie allait s’améliorer.

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