La nicotine protège-t-elle du Covid-19 ? Une équipe de la Pitié-Salpêtrière va tester cette hypothèse

Une étude montre que le taux de fumeurs parmi les patients infectés du Covid est de seulement 5 %.

La nicotine protège-t-elle du Covid-19 ? Cette hypothèse, encore loin d’être confirmée, va être testée par une équipe de médecine interne de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et par le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux. Selon de premières observations, les fumeurs seraient en effet moins atteints que les autres par le virus. Dans plusieurs études leur proportion est assez faible parmi les malades.

A la Pitié-Salpêtrière, où une analyse a porté sur 350 malades hospitalisés et 139 patients plus légers, « on a trouvé seulement 5 % de fumeurs, ce qui est très bas. En gros, on a 80 % de fumeurs de moins chez les patients Covid qu’en population générale de même sexe et de même âge »,

« L’effet est important, cela divise le risque par cinq pour les patients ambulatoires et par quatre pour les patients hospitalisés. On observe rarement ça en médecine », souligne Florence Tubach, épidémiologiste à la Pitié-Salpêtrière.

Il y a quelques semaines, une étude chinoise publiée dans le « New England Journal of Medicine » et portant sur plus de 1 000 personnes infectées allait dans le même sens,  la proportion de fumeurs était de 12,6 %, bien inférieure à la proportion de fumeurs en Chine (28 %).

D’où la volonté de l’équipe médicale de la Pitié-Salpêtrière de vérifier, via une étude clinique qui devrait débuter prochainement, si la nicotine peut avoir ou non quelques vertus contre cette maladie. Pour le déterminer, des patchs de nicotine vont être administrés à trois publics différents et à des dosages différents :

  • à des soignants, en préventif, pour voir si cela les protège ;
  • à des patients hospitalisés, pour voir si les symptômes diminuent ;
  • à des patients graves en réanimation, pour voir si leur état inflammatoire s’atténue.

Comment expliquer ce possible impact ? Spécialiste des récepteurs nicotiniques, Jean-Pierre Changeux suggère que la nicotine pourrait empêcher le virus de se fixer et de pénétrer dans les cellules, limitant ainsi sa propagation. Autre hypothèse : la nicotine amoindrirait « la réponse immunitaire excessive qui caractérise les cas les plus sévères » de Covid.

La prudence reste toutefois de mise. Les scientifiques qui travaillent sur cette hypothèse mettent en garde : l’effet protecteur de la nicotine reste à prouver et il n’est évidemment pas question d’encourager l’usage du tabac. « Sur la base de ces résultats, si robustes soient-ils, il ne faut pas conclure à un effet protecteur de la fumée du tabac, qui contient de nombreux agents toxiques », précise au « Monde » Florence Tubach.« Seule la nicotine ou d’autres modulateurs du récepteur nicotinique pourraient avoir un effet protecteur et je maintiens le conditionnel car nos travaux restent observationnels. »

IL FAUT QUAND MEME PAS SE METTRE AU TABAC

Les scientifiques rappellent également que la nicotine est une substance addictive et que le tabagisme accroît le risque de contracter d’autres pathologies.

Président du conseil scientifique qui assiste le gouvernement dans la lutte contre l’épidémie, le professeur Jean-François Delfraissy prévenait, dès le 8 avril dernier, qu’« on a l’impression que le tabac protégeait contre le virus, via la nicotine ». Mais, tout aussi prudent, il s’empressait d’ajouter : « Ne vous mettez pas au tabac. »

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