Le saviez-vous ? Au Cameroun, on mange des chats et des chiens parce que « ça porte bonheur »

Les animaux domestiques sont prisés comme viande par des consommateurs au Cameroun. Certains restaurateurs en ont fait leur spécialité et proposent du chien ou du chat au menu. Deux animaux dont la viande est réputée succulente, et auxquels certaines croyances prêtent des vertus rares.

Au bord d’une route poussiéreuse qui court à flanc de colline, dans le quartier Nkolbisson, à la périphérie de Yaoundé, une dizaine d’hommes sont assis à la seule table de ce restaurant de fortune, communément appelé «tourne dos». Sur cette dernière sont rangées des bouteilles de vin de palme, très prisé par les consommateurs du coin. Assise dans un coin de ce hangar, Thérèse, la cinquantaine bien sonnée, apprête le repas du jour. Au menu, un seul plat : de la viande de chien. «Ce n’est que cette viande que je vends ici. Si vous voulez autre chose, renseignez-vous chez ma voisine», nous lance la restauratrice à notre arrivée.
Pour avoir un morceau de cette viande, il faut débourser entre 500FCFA et 700FCFA (entre 0,76 et 1 euro), selon la grosseur.

Jacques, conducteur de mototaxi, est un fidèle client du restaurant. «J’aime bien manger de la viande de chien. Le samedi en après-midi, je viens prendre un ou deux morceaux et mon verre de vin de palme», confie-t-il en mordant dans la chair de canidé. Pour ce qui est du circuit d’approvisionnement, on apprendra rapidement que ces animaux sont achetés dans des élevages de villages voisins.

Nous ferons confiance à Thérèse, même s’il n’est pas rare dans les métropoles du pays, d’entendre parler de vols de chiens et de chats à des fins de consommation. En effet, au Cameroun, de plus en plus de restaurants proposent à leur carte de la viande d’animaux de compagnie et les clients se recrutent dans toutes les sphères de la société. Yvan Pokam, un étudiant qui a franchi le pas, n’en démord plus :

«Je l’ai fait par curiosité, parce que mon entourage avait l’habitude de vanter les vertus et la saveur de la viande de chien. Pour moi, c’est une viande comme toutes les autres. Il en est de même pour la viande de chat. La barrière qui empêche à certains à s’y mettre est purement mentale. Et cela est dû au fait que ces animaux sont proches de nous», explique-t-il.

C’est beau, un chat, hein ? Bon, les Africains les bouffent

Au Cameroun, cette habitude culinaire est présente dans de nombreuses familles. D’ailleurs, certaines tribus dans le pays sont réputées pour en avoir fait une spécialité locale. François Gaël Mballa, originaire de la région du centre, confirme : «Chez nous, les Eton [tribu du centre Cameroun Ndlr], il n’y a pas d’âge précis à partir duquel on commence à consommer les animaux domestiques. Je consomme de la viande de chien et de chat depuis mon plus jeune âge», témoigne-t-il au micro de Sputnik.
Au-delà de leur saveur une fois cuisinés, relate François Gaël Mballa, ces animaux sont aussi prisés pour des raisons mystiques : «Nos traditions confèrent des vertus protectrices à la viande de chat ainsi qu’à celle de chien. Elles vous immunisent contre certaines pratiques occultes», nous explique-t-il.
Des vertus fantasmées qui ont voyagé à travers les époques et les générations et qui continuent d’alimenter les croyances, comme le souligne, Maurice Somo, sociologue camerounais. «Certains peuples, sur le plan culturel, attribuent à certains animaux un certain nombre de vertus comme la force et l’agilité. Des forces, qu’ils croient transférables de l’animal à l’homme, dès lors qu’ils consomment cet animal. D’où la consommation de chien ou de chat, parce qu’ils espèrent être aussi agiles que ces animaux-là», mentionne-t-il.

L’acceptation sociale de cette pratique alimentaire diffère selon les régions du monde, détaille Maurice Somo : manger des chats et des chiens est considéré comme choquant dans certaines parties du monde, ailleurs, cette pratique est considérée comme très normale et même banale. Le sociologue estime qu’«il faut avant tout tenir compte du fait que les animaux domestiques, en l’occurrence le chien et le chat, n’ont pas la même considération en Afrique qu’en Occident.»

«Lorsque vous percutez un chien avec votre véhicule au Cameroun, cela n’émeut vraiment personne. Mais ailleurs, cela fait l’objet d’une préoccupation véritable, car on n’est pas loin d’avoir percuté un être humain», conclut-il.

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