Synthèse médicale – Covid19 : pourquoi est-il si difficile de trouver un vaccin ?

Pourquoi le coronavirus est si difficile à traiter ?

Les virus sont des chaînes de matériel génétique contenues par quelques molécules de protéines. Ils occupent un étrange no man’s land entre le vivant et l’inerte. Leur taille est si petite que, si chaque virus contenu dans un corps humain atteignait la taille d’une tête d’épingle, l’adulte moyen atteindrait 150 kilomètres de hauteur.

Puisque les virus n’ont pas de cellules et ne produisent pas d’énergie par la respiration – une définition clé des organismes vivants – de nombreux scientifiques ne les considèrent pas comme vivants. Pourtant, dès qu’ils pénètrent dans leur hôte, les virus entrent en activité d’une manière rarement vue dans la nature, piratant les cellules avec de nouvelles instructions génétiques pour se répliquer à une vitesse vertigineuse.

C’est pourquoi il est si difficile de trouver des traitements anti-viraux.

Quels traitements propose-t-on actuellement pour les patients infectés par le coronavirus ?

En première partie, le traitement est dit symptomatique (il vise à soulager les symptômes) : médicaments contre la fièvre (doliprane, l’ibuprofène étant contre-indiqué). Dans les formes sévères, les personnes malades peuvent recevoir des antibiotiques lorsqu’une co-infection bactérienne est présente, ou même être mis sous assistance respiratoire.

En deuxième partie, il y a les médicaments antiviraux, qui agissent vraiment sur la cause, c’est-à-dire qu’ils essaient de tuer le virus sans produire trop de dommages collatéraux (des effets secondaires).

La recherche pour trouver un traitement efficace s’intéresse aussi bien aux médicaments ayant fait leurs preuves dans le traitement d’autres maladies, notamment virales, qu’au développement d’un médicament antiviral spécifique au Covid-19.

En France, un essai clinique promu par l’Inserm va être mis en place (annonce faite le 11 mars) pour « évaluer et comparer quatre combinaisons thérapeutiques : le remdesivir, le lopinavir, la combinaison lopinavir et interféron, chacun associé aux traitements non-spécifiques et symptomatiques, et enfin les traitements non-spécifiques et symptomatiques ». Quelque 3200 personnes participent à cet essai, dont 800 en France.

Remdesivir, un médicament développé par Gilead Sciences, ressemble à un bout de ARN (le matériel qui compose le virus), mais quand le virus l’intègre il empêche la réplication virale. Ce qui est crucial, c’est que le remdesivir empêche la réplication virale, mais pas la réplication cellulaire normale.

Les inhibiteurs de protéase sont une autre classe de médicaments antiviraux. Les lopinavir et ritonavir sont également utilisés dans le traitement de l’infection au VIH (le suffixe -vir est utilise pour les médicaments antiviraux, comme le suffixe -cilline est utilisé pour les antibiotiques). Ces médicaments bloquent une enzyme que les virus utilisent pour découper les protéines, et empêchent les virus de se développer et de pervertir d’autres cellules.

Une autre alternative de traitement sont les anticorps, soit en provenance des animaux de laboratoire, soit depuis d’autres personnes infectées par le même virus. Ces anticorps peuvent aider le malade à combattre le virus, en attendant que son organisme fabrique des anticorps.

Des médicaments comme l’interféron sont des molécules de signalisation qui rendent les organismes plus résistants à l’infection et inhibent la propagation du virus. Il est utilisé pour des infections comme l’Hépatite B. Mais l’interféron peut avoir des effets secondaires très graves et doit être utilisé avec attention. Les médecins chinois l’ont utilisé pour le traitement des infections au coronavirus, en combinaison avec des médicaments antiviraux

Chez certains patients, ce qui provoque le plus de dégâts, ce n’est pas l’infection en soit, mais une très grande inflammation due à la réponse immunitaire. Pour lutter contre cela, les médecins utilisent des médicaments comme les corticostéroïdes ou la chloroquine.

Bien sûr, le plus utile serait de trouver un moyen de prévenir l’infection. Pour ça, il y a beaucoup d’efforts en cours afin de trouver un vaccin contre le coronavirus. Mais pourquoi est-ce si long et difficile de trouver un vaccin ?

Pourquoi développer un vaccin prend si longtemps ?

Pour créer un vaccin, il faut produire un antigène capable de stimuler la production d’anticorps par notre propre système immunitaire. Cet antigène provient du germe (virus, bactérie ou parasite) – dans les vaccins classiques, et dans les vaccins plus nouveaux, cela peut être un antigène fabriqué dans un laboratoire.

La réglementation européenne classe les vaccins dans les médicaments immunologiques. L’évaluation d’un vaccin est donc identique à celle d’un médicament, et réglementée par des normes précises. Compte-tenu des études et des tests exigés par les autorités, le développement d’un vaccin efficace est très long, d’une durée pouvant aller de neuf à quatorze ans, voire plus (exemple du VIH).

Avant de commencer les études chez l’homme, il est nécessaire de passer par une phase de test appelée phase de développement préclinique. Cette phase a lieu au laboratoire, puis chez l’animal.

Elle permet de déterminer :

  • les doses optimales qui permettent de protéger sans entraîner de toxicité (innocuité) ;
  • de vérifier que ce vaccin est sans danger aux doses utilisées (tolérance) ;
  • et de vérifier qu’il est efficace pour stimuler nos défenses immunitaires (pouvoir immunogène).

Les recherches sont faites chez différentes espèces animales en utilisant la même voie d’administration que celle qui sera utilisée chez l’homme.

Lorsque cette phase préclinique s’est déroulée avec succès, et comme pour tout médicament, le développement d’un vaccin nécessite que des essais cliniques soient réalisés chez l’homme. Ces essais cliniques se déroulent en quatre phases. Ils ont pour objectif de déterminer la tolérance et l’efficacité du vaccin chez l’homme.

  • Phase 1 : sur 10 à 100 personnes : première administration chez l’homme (qui se fait toujours chez l’adulte en bonne santé, même si le vaccin concerne l’enfant). On étudie la tolérance et la production des anticorps (pouvoir immunogène) en fonction des doses que l’on administre.
  • Phase 2 : sur 50 à 500 personnes : on étudie la tolérance avec la formulation finale du vaccin et le nombre de doses retenues (schéma de vaccination) dans la population à laquelle cette vaccination sera recommandée.
  • Phase 3 : on étudie l’efficacité et la tolérance à une grande échelle, chez plusieurs milliers de personnes.
  • Phase 4 : ces études sont réalisées après la mise sur le marché du vaccin. Elles permettent de vérifier qu’à grande échelle et chez des personnes pouvant présenter des affections chroniques, l’innocuité et l’efficacité du vaccin sont assurées, qu’il n’y a pas d’effets indésirables à long terme sur la survenue d’autres maladies.

On a beaucoup entendu parler des recherches en cours pour un vaccin contre le Covid19 de Wuhan. En effet, il y a beaucoup d’innovations intéressantes dans le domaine. Mais le problème, c’est que tous ces vaccins sont encore au stade des pré-essais cliniques. Comme vous l’avez vu, les essais cliniques sont très longs et beaucoup ne dépassent pas la phase 1 ou 2 (parce qu’ils ne sont pas assez efficaces ou pas assez surs). Les laboratoires essaient d’accélérer les essais mais c’est très difficile. Dans un monde avec de plus en plus de conspirationnistes anti-vaccins, aucun faux pas n’est possible.

La plupart des spécialistes pensent qu’on aura un vaccin, au mieux, dans 12 à 18 mois. Et ça ne prend pas en compte le fait que le virus pourrait muter et rendre le vaccin inefficace. En fait, il y a déjà plusieurs souches différentes de CoV-2 qui circulent.

Sources :

https://vaccination-info-service.fr/Generalites-sur-les-vaccinations/Qualite-securite-et-efficacite-des-vaccins/Securite-et-qualite-des-vaccins

Martinez, Miguel Angel. « Compounds with therapeutic potential against novel respiratory 2019 coronavirus. » Antimicrobial Agents and Chemotherapy (2020).